L’illustration ornithologique part. 1

D’aussi loin qu’il nous est permis de remonter dans l’histoire de l’humanité, les oiseaux sont sûrement l’espèce animale qui nous fascine le plus. Dès la préhistoire, on trouve des représentations d’oiseaux peintes sur les parois des grottes, notamment celles de Lascaux et de Chauvet.

Les prémices de l’ornithologie

Lorsque l’on a commencé à s’intéresser à la faune et à la flore entant que sujet d’étude, l’attention était porté sur la collecte et la collection. Les animaux étaient avant tout tués pour être examinés. Néanmoins, il était alors très difficile de conserver les spécimens. Les oiseaux, exploités sous forme de peaux entourées des plumes, finissaient très vite en poussière ou dévorés par les insectes ravageurs.

Seule manière de conserver durablement une trace d’un animal étudié, était de le dessiner.

Avant la Renaissance, période faste pour l’illustration ornithologique, le Moyen-âge, alors bien entravé par l’oppression religieuse, n’a laissé que de maigres témoignages d’importances pour le sujet. Quelques enluminures et bestiaires présentent des images d’oiseaux. L’ouvrage notable en rapport à l’ornithologie est De arte venandi cum avibus de l’empereur germanique Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250). Celui-ci, bien que non achevé, rassemble tout de même 30 ans d’observations et d’études comportementales aviaires.

L’édition ornithologique et techniques artistiques

C’est à partir du XVè siècle, grâce à l’invention de l’imprimerie que la curiosité envers les oiseaux va se développer. A cette époque, les artistes produisent des estampes grâce à la gravure sur bois. La technique permet de réaliser des images sur une plaque de bois en creusant autour d’un motif (gravure en relief).

A ses débuts , l’illustration ornithologique montrait les oiseaux figés dans des positions souvent improbables.

La première illustration imprimée d’oiseaux date de 1475. Elle est issue de Buch der Natur de Konrad von Megenberg (1309-1374).

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Page illustrée en couleur de Buch der Natur, 1478, représentant des oiseaux.

Par la suite, le français Pierre Belon (1517-1564) fait paraître en 1555 Histoire de la nature et des oyseaux. Rédigé d’après ses propres observations, Belon est convaincu de l’importance d’illustrations fidèles à la nature. Pour cela il fait appel à l’artiste Pierre Godet. Son ouvrage marque un tournant par sa qualité et richesse d’information écrite et visuelle.

Les illustrations de Pierre Godet sont des gravures sur bois. La couleur est ajoutée à la main. La technique ne permet pas une grande finesse de détails et pourtant elle restera quasiment inchangée jusqu’au début du XIXe siècle. Elle obligeait l’artiste à une simplification des traits ce qui conduisait à des dessins stylisés et parfois d’une grande qualité esthétique. Seulement, les détails du plumage étaient peu marqués. Souvent, ces ouvrages étaient édités en noir et blanc. L’ajout de couleur était réservé aux éditions de luxe, car tout se faisait à la main.

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Illustration d’un vanneau, gravure sur bois colorée à l’aquarelle. Pierre Godet. XVIè siècle.

Le XVIIème siècle, l’aire de la gravure sur métal

La gravure sur bois va progressivement laisser place aux techniques de la gravure en creux ou taille douce. Ces procédés sont réalisés sur des plaques en métal et notamment du cuivre. La gravure sur cuivre permet plus de finesse dans les traits et une colorisation beaucoup plus précise. Les illustrations apparaissent en pleine page des ouvrages. Deux méthodes sont plébiscités par les illustrateurs ornithologiques : le burin et la pointe sèche.

La première consiste en des entailles faites avec le burin, grâce auquel on trace d’abord les lignes principales, puis les petits traits qui vont donner des demi-teintes. Une fois les motifs réalisés, la plaque est chauffée et l’encre est appliquée au tampon. La plaque nettoyée du surplus d’encre, est ensuite passée sous presse et le dessin s’imprime sur le papier. 

La pointe sèche ressemble au principe du burin, mais la plaque de métal est griffée et non creusée ce qui permet d’obtenir des résultats radicalement différents. L’action de la pointe sur le métal produit des marques en relief autour des tailles appelées « barbes ». Ces dernières peuvent être enlevées pour obtenir un trait plus net et rigides, ou conservées pour un aspect plus velouté.

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Gravure sur cuivre, loriot d’Europe. George Edwards (1694-1773).

A l’image du travail de Georges Edwards (1694-1773) la gravure sur cuivre pouvait produire des contrastes et des jeux d’ombres et lumières par de courtes hachures serrées.

La gravure à attaque indirecte

Au delà des techniques précédentes dites gravures en attaque directe, il existe l’opposé en attaque indirecte. C’est à dire que c’est l’action d’un élément chimique qui va venir creuser la plaque et faire apparaitre le dessin. Les techniques utilisées sont l’eau-forte et l’aquatinte. La plaque de métal décapée est recouverte d’un vernis protecteur. L’artiste y dessine à la pointe, dénudant le métal partout où elle passe. Ensuite, la plaque est arrosée d’acide (eau-forte), lequel mordra les zones dénudées, plus ou moins longtemps selon la profondeur de creux désirée.

L’aquatinte est dérivée de l’eau-forte et permet d’obtenir une surface composée de points. Ce procédé donne des effets de dégradés et de demi-tons.

Eleazar Albin (1680-1742) adepte de l’eau-forte est un grand maître de l’illustration ornithologique. Son œuvre servit de référence du XVII jusqu’au début du XVIIIè siècle car il était le premier à accompagner ses planches ornithologiques de descriptions. Ses eaux-fortes étaient à l’époque ce qu’on appelle les spécimens types, servant de références à partir desquelles une description scientifique était faite et permettant les comparaisons. Linné les utilisaient pour sa classification.

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Eau-forte, Pic vert. Eleazar et Elizabeth Albin, Natural history of birds (1731 à 1738).

Albin est aussi le premier à représenter les oiseaux simplement sur un perchoir ainsi qu’à différencier mâle et femelle s-il y a dimorphisme sexuel. Sa fille Elisabeth participait activement à la réalisation des illustrations. Certaines planches sont également signées de son nom, chose bien rare à l’époque.

Le XVIIIè siècle : le progrès de l’illustration ornithologique

Georges-Louis Leclerc, dit Buffon (1707-1788) va changer la donne, et faire que l’illustration va devenir partie intégrante de la recherche scientifique. Cependant, les illustrations sont toujours faites à partir de peaux conservées ou bien réalisées à partir d’illustrations antérieures.

Les auteurs des ouvrages ornithologiques en sont rarement les illustrateurs. Pour cela, on fait fait appel à des artistes qui n’ont pas une bonne connaissance des oiseaux qu’ils représentent. Les proportions ne sont pas toujours respectées et les oiseaux n’ont pas des attitudes très naturelles.

On ne sort toujours pas des ateliers pour dessinés d’après le vivant.

Cependant des artistes se démarquent comme François-Nicolas Martinet (1737-1800), illustrateur pour Buffon. Il doit la célébrité de ses gravures au réalisme qu’il apporte à ses oiseaux. Les poses paraissent plus naturelles et les couleurs plus proches de la réalité.

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Gravure sur cuivre, moineaux soulcies. Jean-François Martinet.

A la fin de ce siècle et avec les grandes expéditions menées à travers le monde, quelques artistes naturalistes s’embarquent. Alors, on commencera peu à peu à illustrer d’après nature. On se dirige alors vers ce qui sera l’âge d’or de l’illustration ornithologique.

Sources et recommandations

Livres : Histoire de l’ornithologie. Valérie Chansigaud aux éditions Delachaux et Niestlé.

Les oiseaux. Jonathan Elphick aux éditions Mengès ou Delachaux et Niestlé.

Article : Aux origines de l’illustration ornithologique par Claude Lemmel. Revue scientifique Bourgogne Nature, 11-2010.

Image de l’article : Moineaux domestiques. Alicia Pénicaud

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